
PREMIERS PAS
C. Gagnon
Partir du bon pied
Il peut parfois arriver dans une famille qu’un enfant décide de devenir végétarien
alors que ses parents ne le sont pas et ceux-ci pourront peut-être alors se
demander si cette alimentation peut convenir à un enfant et ils
s’interrogeront possiblement aussi sur ce qu’il convient de lui donner pour
combler ses besoins nutritifs. Il peut aussi arriver qu’il s’agisse d’un
couple déjà végétarien qui accueille un nouveau-né ou, tout simplement,
d’une famille dont parents et enfants sont tous nouvellement végétariens.
Qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre de ces situations, les premiers
pas de l’enfant dans le végétarisme peuvent facilement s’effectuer en
observant tout simplement quelques règles de base. Une alimentation végétarienne
bien conçue et bien planifiée ne pourra qu’apporter des bienfaits à
l’enfant de tout âge.
D’une façon générale, les études et statistiques confirment que les végétariens
souffrent moins d’hypertension, d’hypercholestérol, de calculs rénaux, de
diabète, d’infarctus, d’arthrite, d’ostéoporose, de cancers du sein, des
ovaires, du côlon, de la prostate que les non-végétariens.
Il ne faudrait pas croire que seuls les adultes sont susceptibles de souffrir de
ces maux puisqu’on observe actuellement des
excès de poids chez des sujets de plus en plus jeunes de sorte que les
spécialistes s’attendent à traiter davantage d’infarctus et d’ACV chez
des patients dans la vingtaine. La Fondation des maladies du cœur affirme que
l’obésité présente maintenant l’une des pires menaces à la santé
publique de l’histoire du Canada. L’obésité augmente de 50% les risques
d’accident vasculaire cérébral. Une obésité importante diminue l'espérance
de vie et représente un risque accru de développer un diabète, une
hypertension, des problèmes articulaires, des calculs biliaires.
Des études de l’American Heart Association font ressortir que les
maladies cardio-vasculaires débutent en bas âge. L’étude de prélèvements,
à des fins de transplantations cardiaques, effectués sur des adolescents décédés
accidentellement révèle qu’un sur six présentait des blocages coronariens
significatifs, ou de la plaque, dans au moins une artère coronaire. (1)
Une autre étude a révélé que « 5 donneurs sur 32, âgés de moins de 20
ans, montraient des signes d’athérosclérose. » (2) Ce
qui fait dire au chercheur en chef de ces études qu’une prévention agressive
devrait débuter dès l’enfance afin d’établir de saines habitudes et de
corriger les habitudes néfastes.
Adopter une alimentation végétarienne, c’est
partir du bon pied pour se prémunir contre certains risques associés à la
consommation de viande.
Quelques chiffres: (3)
Risque de cancer du colon chez les femmes qui consomment quotidiennement de la
viande rouge comparativement à celles qui en mangent moins d’une fois par
mois: 250 % plus élevé
Risque de cancer du colon chez ceux qui consomment quotidiennement de la viande
rouge comparativement à ceux qui s’en abstiennent: 38 % plus élevé
Risque de cancer du colon chez les consommateurs de volaille à raison d’une
fois par semaine comparativement à ceux qui s’en abstiennent: 55 % plus élevé
Risque de cancer du colon chez les consommateurs de volaille à raison de 4 fois
par semaine comparativement à ceux qui s’en abstiennent: 200-300 % plus élevé
Les témoignages de parents végétariens tendent aussi à confirmer que les
enfants végétariens seraient plus résistants à certaines infections
courantes que les non végétariens. Ces parents disent de leurs enfants que ces
derniers seraient moins sujets aux rhumes, grippes, otites que le sont leurs
petits cousins ou petits camarades de jeux ou de classe non végétariens. On
peut présumer qu’une alimentation riche en fruits et légumes frais procure
une protection supérieure contre certains virus ou infections.
Parmi la communauté végétarienne, certaines familles connues du public en général
nous permettent aussi de constater qu’une alimentation végétarienne chez
l’enfant est tout à fait concevable, réalisable et saine. Mentionnons la
famille Phoenix : John et Arlyn ont élevé leurs cinq enfants végétaliens.
River, Rainbow, Leaf, Liberty et Summer Phoenix ont tous tourné pour la télévision
et tenu des rôles dans des films à Hollywood. Ils ne prenaient ni médicaments,
ni vitamines et n’avaient aucune allergie. (4)
L’auteur John Robbins (descendant de la célèbre famille Baskin-Robbins) son
épouse Deo, leur fils Ocean, son épouse Michele, de même que les enfants de
ces derniers, les jumeaux River et Bodhi, sont aussi tous végétaliens
(5)
Jeff et Sabrina Nelson, de VegSource, ont trois magnifiques enfants
bien-portants, vigoureux et énergiques qui sont végétaliens depuis leur
naissance. (6) Brenda
Davis, diététiste et nutritionniste canadienne réputée, auteur des livres «
Devenir Végétarien » et « Becoming Vegan », ainsi que son époux Paul, leur
fille Leena et leur fils Cory sont eux aussi tous végétaliens. (7)
Outre ces personnalités connues, la communauté végétarienne compte de
plus en plus de familles dont les enfants sont végétariens depuis la
naissance, et on assiste également de plus en plus à des générations de végétariens
: parents, enfants, petits-enfants. C’est donc dire que le végétarisme a
fait ses preuves en tant que diète alimentaire saine.
L’Association Américaine de Diététique reconnaît d’ailleurs clairement
que le végétarisme est sain, autant chez l’adulte que chez l’enfant. Voici
ce qu’elle affirme: « Les régimes végétariens
menés de façon appropriée sont bons pour la santé, adéquats sur le plan
nutritionnel et sont bénéfiques pour la prévention et le traitement de
certaines maladies. Une alimentation végétalienne bien planifiée et les
autres types d’alimentations végétariennes sont appropriés à toutes les périodes
de la vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance,
l’enfance, et l’adolescence. » Pour connaître leur position plus détaillée,
voir nos références en liens (8) (9)
Le nourrisson allaité
Pendant les premiers mois de vie, l’alimentation d’un enfant végétarien ne
diffère pas de celle de tout autre enfant puisqu’au début de leur vie tous
les enfants sont végétariens. Ainsi pendant les 4 ou 5 premiers mois suivant
la naissance, les poupons ne requièrent que le lait de leur mère.
L’Académie de Médecine Pédiatrique américaine identifie certains signes
pour déterminer si un nouveau-né allaité obtient suffisamment de lait. (10)
En voici quelques-uns :
. Gain de poids régulier après la première semaine suivant la naissance
. L’enfant dort bien et est alerte lorsqu’il est éveillé
. Au moins six couches mouillées par jour et urine jaune pâle
Pendant les mois suivants, les premiers aliments consisteront d’abord en céréales
et ensuite en purées de fruits et légumes et là encore il suffit de suivre
les conseils diététiques de base s’appliquant à tout bébé. (11)
L’âge des premiers aliments et les quantités varieront en fonction de
l’appétit et du développement du tout-petit qui, très tôt, sait généralement
très bien faire savoir s’il a encore faim ou non.
Lors de l’introduction de nouveaux aliments, il est conseillé d’offrir un
seul aliment à la fois (céréales, légumes ou fruits…) pendant une période
de 5 ou 6 jours, d’abord pour permettre à l’enfant de pouvoir apprécier
l’aliment offert avant de lui en proposer un nouveau mais aussi afin de
faciliter l’identification d’aliments qui pourraient s’avérer allergènes
pour l’enfant.
Le soleil procure de la vitamine D mais
comme les bébés doivent être recouverts pour être protégés des rayons
ultraviolets, l’absorption de la vitamine D s’en trouve d’autant réduite,
surtout en hiver. On peut donc leur en procurer en suppléments pour bébés
sous forme de gouttes tout en prenant soin, il va de soi, de ne donner que les
quantités recommandées en fonction de l’âge du bébé. Une autre vitamine
dont il faudra s’assurer de l’apport est la B12.
L’enfant nourri au sein reçoit cette vitamine du lait de sa mère mais si
celle-ci n’avait pas déjà une très grande réserve de cette vitamine, il
est recommandé de donner des suppléments au bébé. Certains spécialistes en
nutrition suggèrent de commencer à en donner dès la deuxième semaine après
la naissance.
Lorsque la mère commence à donner des aliments solides à son bébé, elle
peut évidemment quand même continuer à allaiter simultanément car le lait
maternel demeure l’aliment idéal entre tous étant donné qu’il contient
des enzymes et des anticorps qui protègent l’enfant allaité contre les
infections. Autrement, il existe des préparations spéciales enrichies de
vitamines et minéraux que l’on peut donner à l’enfant jusqu’à 12 mois.
Lorsque l’enfant atteint un an, on peut alors effectuer la transition vers le
lait de soya enrichi. Il est toutefois recommandé de ne pas offrir de lait de
soya ordinaire avant l’âge de un an car le lait de soya ordinaire n’est pas
approprié pour les nourrissons qui requièrent une formule conçue pour leurs
besoins spécifiques. Les laits de soya réguliers sont différents des formules
de laits de soya spécialement conçues pour l’alimentation des nourrissons.
Le lait de vache ne convient pas non plus aux nourrissons car il ne contient pas
les éléments nutritifs requis. Au contraire, il contient 3 fois trop de protéines
et de sels minéraux, ce qui entraîne une surcharge du rein chez le bébé. Il
fournit 2 fois moins de lactose que le lait maternel et 3 fois moins d’acide
linoléique (acide gras nécessaire au développement du cerveau). Le lait de
vache manque de vitamines A, B1, B6, C, D et E, de cuivre, de manganèse et de
fer. Il prive l’enfant d’éléments protéiques importants (taurine, cystéine,
alpha-lactalbumine) et de la protection immunitaire qu’assure le lait
maternel. Donné aux bébés de moins de 9 mois, il est fréquemment la cause
d’anémie en raison de la faible quantité de fer qu’il contient et des
pertes sanguines qu’il occasionne dans l’intestin. (Mieux
vivre avec notre enfant de la naissance à deux ans -Guide pratique pour les mères
et les pères, p.224, Institut national de santé publique du Québec).
(11)
Il peut aussi
s’avérer allergène dans certains cas.
Pour sa part, la mère qui
allaite doit consommer un supplément de vitamines B12 car elle en perd en
allaitant. Elle pourra en trouver dans les laits de soya enrichis ou dans
certains produits de soya qui en contiennent également ou dans la levure
alimentaire (Red Star) ou si elle le préfère, elle peut tout simplement se
procurer des comprimés de B12. Même chose en ce qui concerne le calcium
dont la consommation doit être augmentée chez la mère qui allaite et
qu’elle pourra se procurer en quantité suffisante dans son alimentation en
consommant des amandes, des figues, du tofu ou des laits de soya enrichis, par
exemple.
Le jeune enfant
A l’âge de la croissance, il est important de s’assurer que l’enfant reçoive
de bonnes sources de nutriments et qu’il ne consomme pas trop de calories
vides comme des croustilles, des frites, des sucreries, des boissons gazeuses…
Il faut lui servir des collations nutritives comme par exemple des sandwiches au
beurre d’arachide, des bagels tartinés de Tofutti à la crème, des tortillas
au guacamole ou des pitas garnis de hummus. En lui servant des aliments variés
et en observant la complémentarité des aliments ( voir
l’encadré de la combinaison gagnante 8/8 ), et en veillant également
à ce que l’enfant consomme les quantités appropriées en calories en
fonction de son âge, on s’assure de lui procurer une alimentation équilibrée.
Les huiles et les gras de bonne qualité, non hydrogénés, font également
partie d’une diète alimentaire saine. C’est pourquoi on servira des salades
arrosées de vinaigrettes à l’huile d’olive, de chanvre (Oméga 3 et 6), du
guacamole, des spaghettis au pesto… Et on parsème sur le tout des graines de
lin moulues pour les Oméga.
A l’adolescence les jeunes ont un appétit accru. Il ne faut pas hésiter à
leur servir des aliments riches en glucides, tels du riz, des pâtes, des céréales,
des légumineuses, qui leur fourniront le carburant nécessaire à leurs dépenses
en énergie.
Si l’enfant est le seul végétarien de la famille, on peut lui cuisiner
sensiblement les mêmes plats que ceux du reste de la famille en omettant tout
simplement les viandes. On peut lui servir du tofu, des légumineuses, des végé-burgers,
végé-sandwiches ou « smoked wheat »; et si on en a la possibilité, on peut
aussi lui cuisiner des petits plats (consulter notre section
Recettes). Et,
pourquoi pas, de temps à autre, préparer un repas végétarien pour toute la
famille ! Votre enfant se sentira ainsi beaucoup plus soutenu, compris, épaulé
et moins seul dans sa démarche si le reste de sa famille y participe de temps
en temps. Les jeunes qui effectuent ce choix de leur propre initiative font
preuve de convictions profondes – et, osons le dire, d’esprit critique, et
le végétarisme représente l’expression de leur compassion envers les
animaux et de leur respect envers la vie et les parents devraient s’en montrer
fiers. Les encouragements et l’approbation des parents dans cette démarche
importante contribueront certainement à l’épanouissement de leur jeune. En
certaines circonstances, les parents auront parfois aussi à se faire l’avocat
de leur enfant car il est possible que l’entourage tente de décourager un tel
choix. Il s’agit d’une situation assez compréhensible de la part d’un
entourage non végétarien qui ne serait pas suffisamment informé sur cette
question. Plusieurs ignorent que l’on peut parfaitement et sainement se
nourrir sans consommer de viande. En plus du support de leurs parents, ces
jeunes peuvent aussi avoir besoin d’interactions avec d’autres végétariens.
Des activités diverses (12)
(pique-nique, resto-rencontres, potlucks*…) peuvent permettre aux végétariens
de se retrouver entre eux et de partager leurs préoccupations ou intérêts
communs.
* Ce mot ne
possède pas d’équivalent en français. Littéralement il signifie « à la
chance du pot ». Les potlucks consistent en repas-partage lors desquels chaque
participant apporte un plat (pour 5 ou 6 personnes) qu’il aura cuisiné.
Veuillez noter que les suggestions suivantes ne
sont fournies qu'à titre indicatif. Au besoin, consultez un nutritionniste, un
allergologue ou un pédiatre.
EXEMPLES DE MENUS
| 4-5 mois | 6-7 mois |
8-9 mois |
10-12-mois |
|
bouillies fluides
1c à thé/jr de céréales de riz fortifiées en fer Augmenter à 3c à thé par jour Puis à 4c à thé, 2 fois par jour
|
bouillies/purées fluides
de 1 à 4 c à thé de purée de légumes/2 fois par jour (carottes, courgettes, avocats, patates douces, haricots verts, pois verts…) |
bouillies/purées plus épaisses/aliments mous 4 c à thé de céréales au choix 2 fois/jr 5 c à thé de légumes au choix 2 fois/jr 4 c à thé de compote de fruits 2 fois/jr |
purées épaisses avec petits morceaux d’aliments de ½ à ¾ de tasse/jr de céréales ou crème de blé
200 g de légumes 2 fois/jr |
| 1-3 ans | 4-6ans | 7-12 ans & + |
|
petit-déjeuner flocons de maïs ou gruau au
lait de soya enrichi |
petit-déjeuner 2 rôties à la confiture |
petit-déjeuner gruau avec rôties ou céréales
de maïs avec ½ banane |
| déjeuner
tofu soyeux avec lentilles |
déjeuner
riz brun avec brocoli, haricots noirs et tofu |
déjeuner
pointe de tourtière de seitan ou de millet
accompagnée de haricots verts |
| dîner
macaroni aux tomates
|
dîner
1 bol de soupe aux légumes |
dîner
1 bol de soupe à l’orge ou aux lentilles |
| collation
1 yogourt au soya |
collation
1 tartine au beurre d’arachide |
collation
1 barre de type « Montagnard » |
| Aliments Energétiques | Sources de Protéines | Sources de calcium | Sources de Fer | Oméga 3 | Oméga 6 |
| Riz, Pâtes, Légumineuses, Pain de blé entier, Gruau, Orge, Millet, Pommes de terre, beurre d’arachide, avocat | Légumineuses, Tofu, Lait de soya enrichi, Noix, Graines de sésame, de tournesol, de lin, germe de blé | Algues, Amandes, Brocoli, Chou chinois, Courge, Figues, Lait de soya enrichi, Noix, Tofu |
Céréales entières, Fruits séchés, Légumineuses, Noix, Mélasse, Soya |
Huile et graine de lin, huile et beurre de chanvre, huile et noix de Grenoble, huile de soja et soja, huile de colza, huile de germe de blé. | Huiles d’olive, d’onagre, de pépins de raisin, de carthame, de tournesol, de maïs, de germe de blé, de soja, de sésame, de colza, d'arachide et graines de tournesol. |
(1) Communiqué de presse de l’American Heart Association, nov. 2003
(2) Etude publiée dans le journal Circulation
(3) John Robbins, Food
Revolution
(4) Rio’s Attic
(5) http://www.foodrevolution.org/bio.htm
(6) http:/www.vegsource.com/articles/veganism_thoughts.htm
(7) http://www.vegofwa.org/vegfest/speakers.html
(8) http://www.eatright.org/Public/NutritionInformation/92_17084.cfm
(9) http://www.vegesport.org/AAD_2003.html
(10)http://www.aap.org/healthtopics/breastfeeding.cfm
(11)http://www.inspq.qc.ca/MieuxVivre/Chapitres/MV_Fr_12Alimentation_Biberon.pdf
(12)Pour s’inscrire aux rencontres ayant lieu dans la région de Montréal,
faites-nous simplement parvenir un email et nous communiquerons avec vous
lorsqu’une activité aura lieu.
Avertissement - Les informations contenues dans ces pages sont fournies dans un
but éducatif et informatif général. Si vous éprouvez des inquiétudes au
sujet d’un problème de santé, nous vous recommandons de consulter un
professionnel de la santé.
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